Au lendemain du débat national entre la Mutualité française (Fnmf) et les présidentiables, Viva donne la parole au président de la Fnmf, Etienne Caniard. L’occasion de faire le point sur les sujets d’actualité, au moment où la protection sociale entre dans le débat électoral.
Quelle est la position de la Mutualité sur les dépassements d’honoraires ?
Nous sommes aujourd’hui dans une situation qui s’aggrave considérablement. Il y a de plus en plus de médecins en secteur 2. 6 médecins sur 10 qui s’installent le font dans ce secteur. Et le montant des dépassements est de plus en plus important. Cette situation se banalise, sans que l’on en mesure les conséquences...
Le décrochage entre les prix pratiqués et les remboursements s’agrandit, et les dépenses remboursées par la Sécurité sociale se réduisent comme peau de chagrin. Par exemple, si vous prenez une spécialité comme l’Orl, où le taux moyen de dépassement avoisine les 60 %, cela veut dire que le taux effectif du remboursement par rapport à la dépense engagée est de moins de 40 %. Si la Sécurité sociale décidait une baisse aussi brutale des taux de remboursement, tout le monde serait dans la rue et on crierait au démantèlement de nos systèmes de protection sociale.
Aujourd’hui, ce démantèlement se fait subrepticement, de manière cachée, et mine notre système de protection sociale car il met en cause l’accès aux soins.
Que préconisez vous ?
Pour améliorer l’accès aux soins des Français, il faut jouer sur deux leviers, les tarifs d’opposabilité [1] et un bon remboursement des dépenses.
Mais si on ne joue que sur le deuxième levier sans régler la question des honoraires médicaux, cela conduira à une logique inflationniste. Nous avons tous à l’esprit cette expérience : un chirurgien-dentiste qui, avant de vous faire un devis, veut savoir combien rembourse la mutuelle pour fixer et ajuster ses tarifs aux taux de remboursement.
Vous n’êtes pas favorable au secteur optionnel, mis en place dans l’idée de maîtriser les dépassements d’honoraires ?
Il s’agit selon nous d’un dispositif pervers. On demande aux complémentaires de rembourser des dépassements d’honoraires à hauteur de 50 % sans mettre en place un système de blocage des tarifs qui garantirait que le médecin ne puisse pas dépasser au-delà. Comme dans l’exemple des prothèses, c’est un phénomène inflationniste.